#4 Interview de deux militant·e·s à propos de la lutte au Rojava

[Front Antifasciste de Liège 2.0] : Avant d’entrer dans le vif du sujet, pourriez-vous vous présenter et nous présenter vos engagements dans la lutte kurde/pour le Rojava ?

[Diego del Norte] : Je suis un gars du plat pays parti à la rencontre du peuple des montagnes. Je suis au Rojava depuis un peu moins d’un an, venu pour apprendre et soutenir ce processus révolutionnaire. Impliqué dans plusieurs initiatives associatives et militantes de longue date, j’ai eu la chance de vivre une bonne partie de mon enfance en Amérique du Sud ce qui a ancré en moi une identité internationaliste, bien que ma politisation se soit fait progressivement.

J’ai pris conscience de l’importance de la résistance kurde pour la première fois il y de cela huit ans lors d’un séjour au Chiapas au contact du mouvement zapatiste. À force de lectures et rencontres, je m’y suis davantage intéressé pour ensuite participer à une longue marche pour la libération d’Abdullah Öcalan. Inspiré par une connaissance qui avait fait le choix de venir sur place, je me suis décidé à y aller également alors que je ne connaissais pas en profondeur le mouvement, son histoire, son organisation avant de venir. Aujourd’hui je suis intimement convaincu de l’importance de cette révolution et de mon envie de m’y lier sur le long terme.

[Jîyan Amara] : Je suis une jeune femme d’origine kurde, travailleuse sociale et militante pour les droits humains.

En ce qui concerne mon engagement dans la lutte kurde, depuis aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai participé à des actions politiques en présence de mes parents. Plus tard, c’est moi qui ai repris le flambeau. D’abord en créant, avec des ami·e·s, « la jeunesse kurde démocratique de Liège » avec laquelle nous avons notamment mené des actions de sensibilisation ainsi que de mise à l’honneur de la culture et des arts kurdes. Ensuite, en faisant partie de l’assemblée des femmes kurdes de Liège, en étant porte-parole du centre culturel kurde de Liège, en étant membre des relations extérieures de Nav-Bel, le conseil démocratique belge des communautés du Kurdistan et ce, pendant quelques années. Enfin, et c’est ce qui est le plus actuel, en militant aux côtés de camarades internationalistes dans un réseau francophone de solidarité avec le Kurdistan.

En dehors de tout cela, il me semble indispensable de dire que le premier combat, et le plus important, pour une personne d’origine kurde c’est d’assumer son identité, de la défendre plutôt que de la cacher pour plus de facilité. Je pense que ne m’être jamais dit Turque, avoir rejeté l’assimilation forcée est ma plus grande fierté.

[FAL] : La cause kurde a été principalement popularisée en Occident suite au« Printemps arabe » et plus particulièrement dans sa victoire contre DAESH. Pourtant la lutte et l’histoire du peuple kurde sont bien antérieures. Pourriez-vous nous rappeler rapidement l’histoire du peuple kurde, la lutte pour le Kurdistan Autonome et les évènements après DAESH ?

[Jïyan] : Les Kurdes, descendant·e·s des Mèdes, sont un peuple d’origine indo-européenne. Avec 48 millions de personnes, il s’agit du plus important peuple « apatride » au monde. Les Kurdes ont une histoire, une identité, une culture millénaire, une langue (et des dialectes) qui leur sont propres mais malheureusement en péril. Il n’en reste pas moins que c’est un peuple très diversifié de par les différentes convictions philosophiques ou religieuses en son sein (Islam, Yézidisme, Alevisme, Christianisme, Judaïsme, …) mais aussi de par les pays dans lesquels iels ont été socialisé·e·s.  Au 16ème siècle, les Kurdes ont perdu leurs terres au profit de l’Empire ottoman et lorsque ce dernier a subi la défaite au cours de la Première Guerre mondiale, le Kurdistan fut partagé tel un gâteau par les Français et les Anglais. En effet, le traité de Sèvres (conclu en 1920) prévoyait un territoire kurde souverain mais celui-ci n’a jamais été ratifié. Ce sera finalement le traité de Lausanne (signé en 1923) qui scellera le sort des Kurdes en ne faisant aucune mention à un Kurdistan autonome. Depuis, les Kurdes ont tenté à plusieurs reprises de reprendre le contrôle de leurs propres terres. Ainsi, dans les années 90, la revendication première était un État indépendant mais avec le nouveau paradigme du PKK[1] (Parti des Travailleur·euse·s du Kurdistan) datant des années 2000, la ligne politique du parti a changé pour revendiquer une vie libre où chaque personne, chaque identité serait reconnue et traitée de manière égale à quiconque. C’est dans le cadre de ce nouveau paradigme que le confédéralisme démocratique et l’écologie sociale (théorisées entre autres par Maria Mies et Murray Bookchin) naquirent.

Il faut surtout rappeler que l’histoire des Kurdes est emprunte de sang. Dans les quatre pays dans lesquels la majorité des Kurdes sont établi·e·s, iels ont connu/connaissent la répression, l’oppression et le meurtre des États.[2] Cela passait notamment par une interdiction visant l’identité et la langue kurde. Aujourd’hui, on nous fait croire qu’il n’y a plus aucun souci avec celle-ci, qu’elle est autorisée mais c’est totalement faux. À l’heure actuelle des personnes se font encore tabassées voire même tuées parce qu’elles ont parlé en kurde ou écouté de la musique kurde – c’est même arrivé en Belgique ou en France.[3] Cette stigmatisation s’étend dans toutes les sphères et même dans les contextes les plus grave : par exemple, suite aux séismes ayant frappé la Syrie mais aussi le sud-est de la Turquie (à majorité kurde), les personnes n’ont pas la possibilité de demander de l’aide et des renseignements en langue kurde.

Source : Institut Kurde de Paris

[Diego] :  Le printemps arabe syrien a été une opportunité de concrétiser une autonomie sur un territoire important, fondée sur des valeurs et des principes mis en pratique, malgré la répression, dans la société civile kurde en Turquie (Bakur) de longue date. Ses trois piliers sont une démocratie authentique, l’autonomie des femmes et l’écologie.

Depuis cette prise du pouvoir au nord-est de la Syrie, le 19 juillet 2012[4], cette expérience politique qui, comme celle des Zapatistes, a l’originalité de ne pas aspirer à une indépendance étatique mais bien à une authentique autonomie est attaquée de toutes parts. Ni les gouvernements régionaux, ni les pays occidentaux (unis à la Turquie au sein de l’OTAN) et encore mois des organisations telles que DAESH ou Al-Qaeda/Al-Nosra ne souhaitent qu’une telle initiative politique puisse se consolider et en inspirer d’autres. Face à ce risque, tous les moyens sont bons : guerre de « basse intensité », assassinats ciblés, blocage économique, arrestations de journalistes et censure, coupure des ressources hydrauliques, alliances avec des groupuscules djihadistes, etc.

Si la victoire sur DAESH s’est concrétisée en mars 2019 (avec la prise de Deir ez-Zor), quatre ans après la libération de l’emblématique ville de Kobanê, au prix de milliers de martyrs kurdes et arabes, il n’y a pas eu, depuis, de répit. Un an auparavant, au printemps 2018, l’armée turque avait envahi Afrin. Deux jours après le retrait du gros des troupes étatsuniennes, en octobre 2019, elle attaque Girê Spî et Serêkaniyê. Aujourd’hui, les attaques continuent ainsi que les collusions entre le régime d’Erdogan et les mercenaires islamistes extrémistes qui ne sont plus à prouver.[5] Des moments essentiels au cours de ces 10 ans ont été, entre autres, l’adoption d’un Contrat Social pour le Rojava en janvier 2014 (renouvelé récemment pour prendre mieux en compte les régions arabes) et les premières élections générales, en décembre 2017. Pour en savoir plus sur cette décennie d’utopie et de guerre entremêlées, j’ai réalisé une brève histoire illustrée qui peut, je crois, s’avérer utile.

[FAL] : Les femmes sont présentes dans la lutte kurde dans les territoires kurdes et dans les diasporas. Et très vite, quand on se renseigne sur la place des femmes kurdes, la notion de « Jineolojî » revient sans cesse. Qu’est-ce que la « Jineolojî » et quels en sont les principes ?

[Jïyan] : La « Jineolojî », porté par le mouvement de libération des femmes, est la “science des femmes” et de la vie en général. Elle consiste en une réappropriation de la connaissance, de l’histoire, sous un prisme « féminin », décolonial, anti-patriarcal et anticapitaliste. Fondée sur quarante ans d’expérience du « Mouvement des femmes kurdes », que ce soit au sein des unités d’autodéfense armées (guérilla) ou des assemblées civiles du parti, elle s’institue en 1993 lorsque le mouvement des femmes kurdes est créé. Sakine Cansiz (qui fut assassinée par les services secrets turcs à Paris en janvier 2013) en est l’une des fondatrices.

Le mouvement déclare que la formation des premières unités féminines de guérilla est le premier pas sur la voie de la liberté. Dès lors, elles ont eu leur propre administration centralisée. Les femmes sont directement représentées dans les administrations provinciales et prennent leurs propres décisions (sans consultation préalable avec le mouvement mixte). Elles s’organisent ensuite dans le domaine de l’autodéfense, également dans tous les domaines sociaux et politiques, où l’éducation des femmes est la base la plus importante du mouvement. La relation entre théorie et pratique est fondamentale dans l’évolution du mouvement, à partir de réflexions et de structures telles que la création des comités d’égalité hommes/femmes avec pour objectif de résoudre les problèmes sociaux et la violence contre les femmes ; l’analyse des femmes et de la famille (les relations patriarcales dans la société kurde et au sein du mouvement de libération) ; la création de la guérilla féminine (non-mixte) ainsi que l’évolution des organisations et du parti autonome des femmes.

Le mouvement des femmes kurdes a développé ses propres concepts comme :

  • la “théorie de la séparation” qui implique une volonté de rupture radicale avec le système de l’État-nation patriarcal, capitaliste et colonial ;
  • tuer le mâle dominant” qui implique la transformation de la société pour libérer les individus de la mentalité patriarcale et d’oppression ;
  • “hevjîyana azad” qui aspire à l’établissement d’une coexistence libre entre les individus ; 
  • Xwebûn” qui aspire à se retrouver et être soi-même.

Tous ces concepts ont un lien indissociable avec une conception écologique, sociale et révolutionnaire de la liberté et le retour vers la nature, la vie communale et la libération des genres.[6]

  • Pourquoi une science des femmes ?

Nous considérons la femme comme le plus ancien groupe humain colonisé
A. Öcalan, « Libérer la vie : la révolution de la femme ».

La science est l’accumulation des connaissances de la société, c’est ce qui lui donne la capacité d’évoluer, de se transformer. La science des femmes donne la capacité aux femmes d’analyser et de comprendre le monde à partir de leur propre perspective et personnalité, pour emporter toute la société dans un mouvement de transformation. La première étape est de savoir d’où vient l’asservissement des femmes (historiquement, mais également actuellement), comment le système patriarcal s’est-il construit et comment il se reproduit. Pour cela, la Jineolojî propose de remettre les femmes au premier plan – là où la science moderne, la philosophie et la religion nous avaient exclues – ; retrouver la place des femmes dans le passé des sociétés non-étatiques de l’époque néolithique (matricentrées, communales et écologiques) ; auto-organiser des comités, académies et assemblées de femmes pour une mise en pratique et un enrichissement des recherches développées par la Jineolojî.

Les objectifs de la Jineolojî sont donc de résoudre la crise et les dilemmes du XXIème siècle ; terminer la lutte des femmes kurdes pour leur existence à travers une transformation sociale radicale, créer une unité entre idéologie, sociologie et science inscrite dans une pensée socialiste, révéler les fondements du Confédéralisme Démocratique ; émanciper les femmes à partir de l’analyse de la civilisation ; réaliser la seconde révolution des femmes au Moyen-Orient (la première étant considérée comme la culture communale matricentrée – appelée « société naturelle » – qui a initié la révolution agricole et développé d’incroyables sources de connaissance à l’ère néolithique) et enfin réaliser la troisième rupture sexuel en faveur des femmes (la première rupture est la naissance des mythologies et du conflit entre dieux et déesses contre la société de la Déesse-Mère ; la deuxième rupture est la disparition des déesses et le monothéisme ; la troisième rupture est celle que nous vivons aujourd’hui, considérée comme l’opportunité d’une libération totale des femmes et de la société).

·         Jineolojî et féminisme(s) ?

La Jineolojî n’est pas une forme de féminisme mais les féminismes sont une importante ressource pour la Jineolojî. Cette dernière inclut les recherches et expériences des théoriciennes et des mouvements féministes socialistes, anarchistes, écologistes, décoloniaux, etc., mais elle ne s’en contente pas et à partir de ces références et les expériences des femmes kurdes au Moyen-Orient, elle crée sa propre épistémologie et émet aussi des critiques. Pour la Jineolojî, les problèmes du féminisme (spécialement dans les sociétés libérales) sont qu’il ne rompt pas avec les appareils d’État et les institutions du système ; il travaille avec les femmes mais ne prend pas en compte la transformation des hommes ; il est souvent coupé de la société et des autres femmes ; il reste un mouvement théorique et ses principes de “libération” ne reste qu’un concept qui n’a pas réussi à créer une alternative réelle pour l’ensemble de la société ; il est souvent eurocentré, citadin et moderne ; il est souvent mal-organisé, individualiste et les mouvements féministes sont fragmentés.

Photo prise devant l’entrée de « jinwar »

[Diego] : Il est important de souligner que des groupes et des académies de Jineolojî existent partout au Kurdistan et ailleurs dans le monde (un centre existe d’ailleurs à Bruxelles depuis 2017). Ils sont la cible d’une féroce répression comme en atteste l’assassinat de Nagihan Akarsel (rédactrice en chef de la revue « Jineolojî »), en octobre dernier, dans le Kurdistan irakien.

Ce que je peux ajouter de mon expérience, c’est que toutes les structures rencontrées appliquent, non seulement le principe de co-présidence mixte (hevserokatî), l’idée que la place des femmes dans les organes de décision est une fierté à défendre et à valoriser. Cela a un impact direct sur la façon de concevoir le travail et de s’organiser. J’ai eu aussi l’occasion de me rendre dans le village de Jinwar qui constitue une expérience et un symbole forts duquel on pourrait s’inspirer en Europe et ailleurs. Un village où seules les femmes et leurs enfants peuvent vivre (les hommes sont acceptés en tant que visiteurs diurnes), un lieu de refuge pour des victimes de la brutalité patriarcale, un lieu de formation et d’expérimentation à l’autonomie. Y entendre le récit de la construction et apprécier les aménagements, y voir la façon dont se construit l’économie communale (qui passe avant tout par l’agriculture et l’élevage), visiter l’école alternative, la boulangerie et le centre de santé (spécialisé en gynécologie et médecine naturelle) a été une source d’inspiration assez incroyable. J’y vois, pour nos pays, une façon concrète de relier/solidariser militance activiste et construction de lieux de vie alternatifs tout en nouant des liens avec le Rojava et en proposant des formations.  À quand un Jinwar belge?

[FAL] : De manière concrète, quel est le projet de société défendu par les révolutionnaires kurdes ? Que sont le « confédéralisme démocratique » et le « communalisme libertaire » dont on entend souvent parler quand on parle du Kurdistan ? Quelles sont les pratiques mises en place et à quelles difficultés sont-elles confrontées ?

[Diego & Jîyan] : Le confédéralisme démocratique est le fruit de la lutte et la réflexion, la théorie et la pratique menées, depuis plus de quarante ans, au sein du PKK et des réflexions de son leader A. Öcalan (emprisonné depuis 24 ans sur l’île turque d’Imrali). Il s’agit d’une forme d’auto-administration politique dans laquelle tous les groupes de la société, avec les identités plurielles (culturelles, religieuses, linguistiques,…) ont la possibilité de s’exprimer et d’agir. Au sein de chaque commune, ces groupes s’organisent participent à travers des délégués à la prise des décisions. Le confédéralisme démocratique rejette donc l’État-nation, défend une économie collectiviste, un système où le pouvoir est partagé de manière égalitariste et autogérée. Pour cela, il s’appuie sur quelques « piliers » : la démocratie directe (basé sur le rôle central des communes), l’émancipation des femmes, l’écologie, et l’inclusion de toutes les composantes ethniques et religieuses de la société. Concrètement, cela se traduit au Rojava par la construction d’une organisation sociale et politique qui, construit, pas à pas, une autonomie régionale en s’appuyant sur des principes traduits au sein du Contrat Social (sorte de constitution). Un des principaux défis est d’inclure et impliquer les différents peuples présents sur le territoire de l’AANES (Administration Autonome du Nord et l’Est de la Syrie), nom officiel de cet espace autonome.

En dix ans, de nombreux pas ont été franchis (au niveau institutionnel, économique, éducatif, culturel, etc.) mais les difficultés sont de taille. D’abord, à l’échelle individuelle, s’investir dans les assemblées demande beaucoup de temps. Or, une grande partie de la population se bat au quotidien pour gagner de quoi vivre. De plus, les mentalités sont longues à changer : on ne passe pas en un clin d’œil de décennies d’un régime brutal et autoritaire qui décourageait la population à s’investir dans le champ politique à un système où celle-ci est au contraire poussée à s’autogérer localement. Et ni la méfiance, ni les conservatismes ne peuvent disparaître en un jour. À tout cela, s’ajoute, outre l’embargo et les attaques incessantes, la gestion et prise en charge des personnes déplacées par les combats. Il a fallu créer des camps pour accueillir des dizaines de milliers de réfugié·e·s[7] mais aussi de prisonnier·ère·s[8]. Les défis ne manquent donc pas et ce que je ressens, au contact des gens, est globalement une conviction profonde dans le bien-fondé des valeurs humanistes/révolutionnaires, une certaine fierté de défendre ces principes mais également, malheureusement, un certain découragement face aux difficultés économiques et l’insécurité qui n’en finissent pas. L’usure psychologique est, à n’en pas douter, une des cartes maîtresses jouées par l’État turc. Le fait de faire constamment peser une menace crée un contexte particulièrement difficile et entraîne que toute projection soit aléatoire. Cela rend d’autant plus remarquable et digne de respect les accomplissements et la ténacité de celles et ceux qui œuvrent, au quotidien, à bâtir cette alternative.

Le « municipalisme libertaire » quant à lui est un concept élaboré par le théoricien communiste libertaire et écologiste politique américain Murray Bookchin. Celui-ci consiste en un processus révolutionnaire articulant local et global et ce, en appliquant la démocratie directe. C’est-à-dire que les individus, en constituant des communautés (sur territoire restreint), seraient des citoyen·ne·s actif·ive·s qui s’autogouverneraient. En outre, il s’agirait d’une alternative à l’État et au capitalisme. Souvent il est associé au Rojava tant des similitudes idéologiques existent et parce que A. Öcalan (Reber Apo) a mentionné à quelques reprises l’œuvre de Bookchin.

[FAL] : Le Rojava est souvent considéré comme la lutte internationaliste par excellence du XXIème siècle. De nombreux·ses internationalistes ont rejoint le Kurdistan syrien pour participer à la lutte de manière civile et militaire. De plus, les diasporas kurdes continuent à être actives dans les pays d’accueil. Comment expliquez-vous cette faculté d’inspiration et ce dynamisme politique ?

[Diego] : L’internationalisme est au cœur de la création du PKK. Depuis le début, le parti a intégré des Kurdes et des Turcs, a noué des contacts et soutenu les luttes d’autres peuples (comme la cause palestinienne par exemple).[9] Tout en assumant sa filiation avec son histoire de résistance marxiste-léniniste, et à l’image des Zapatistes, la révolution du Rojava a su se renouveler pour proposer un paradigme avec une vision plus intégrale et adaptée à notre époque – ce qui fait, je crois, écho aux inquiétudes de nombreuses personnes à travers le monde qui ne veulent pas se résoudre à accepter la situation du monde : la montée des discours de haine et d’exclusion brutale ou encore la fuite en avant d’système capitaliste qui ne s’arrêtera manifestement pas dans son projet d’accumulation destructive à de quoi éveiller des envies de radicalité.

Un autre aspect, il me semble, c’est l’incapacité chronique pour les « gauches » européennes de proposer un récit et un projet qui ait de quoi enthousiasmer et qui prend en compte la gravité de la situation, pour construire d’authentiques alternatives. Elle n’est pas étrangère à cette envie d’aller voir et se battre ailleurs. Le fait que des personnes de différentes origines aient, depuis des années, rejoint la révolution, parfois au prix de leur vie (il y a plus de 50 martyrs originaires d’autres pays que ceux du Moyen-Orient) a permis de construire des ponts et de créer des vocations. En guise d’exemple, une martyre argentine qui a vécu ici de nombreuses années, s’impliquant dans la construction du système de santé (après s’être formée à Cuba), a aujourd’hui une brigade allemande, un collectif brésilien, un lieu de formation argentin et un centre de santé mexicain qui portent, tous, son nom d’origine : Alina Sanchez (Şehîd Legerin). Cela pour préciser que l’internationalisme ne se limite pas à venir d’ailleurs pour se battre mais bien à défendre une certaine idéologie, une conception de la société et du monde. En ce sens, un camarade me disait, à raison, que les personnes qui résistent dans les quatre coins du Kurdistan sont, elles aussi, en réalité, internationalistes. La seule différence est que les autres sont, en fait, internationaux.ales mais l’esprit est, bel et bien, celui de lutter pour des valeurs communes, par delà les frontières.

La lutte au Kurdistan attire par ses idées, mais c’est aussi ici où les grandes puissances mondiales s’affrontent. C’est une lutte des idées révolutionnaires contre des idées capitalistes et impérialistes. Certain·e·s disent même que c’est ici que se joue l’avenir de l’humanité.

Affiche de la Fédération Anarchiste en soutien au Kurdistan

[Jîyan] : En ce qui concerne la diaspora kurde, celle-ci a toujours connu une histoire pleine d’oppressions, d’interdictions, d’humiliations, … Qui ne défendrait pas une vie plus libre surtout avec ce background ? Avoir un mouvement luttant pour la reconnaissance, la liberté, un traitement égal est bien évidemment séduisant et sécurisant. Cependant, il ne faut pas idéaliser/romancer la diaspora en ce sens que, bien évidemment, il y a des personnes qui suivent et pratiquent la pensée révolutionnaire du mouvement mais il y a également des résistances chez certaines personnes, notamment concernant la « place » des femmes.

[FAL] : Le régime turc de Recep Tayyip Erdogan réprime violemment toute opposition, que ce soient des journalistes, avocat·e·s, juges, élu·e·s locaux·ale·s et autres. Elle considère le HDP « Parti démocratique des peuples » comme illégal.  D’ailleurs, le mouvement kurde décrit le régime d’Erdogan comme un régime fasciste bien que la Turquie soit un allié de l’UE, de l’OTAN et des USA. Quelles en sont les raisons ? Et quels sont les liens pour vous entre l’antifascisme et la lutte kurde ?

[Jîyan] : L’État turc apprend à ses citoyen·ne·s dès le plus jeune âge à se croire supérieur à autrui et à dévaloriser les personnes qui ne seraient pas d’origine turque. D’ailleurs, la devise de la Turquie est : « Une seule nation, un seul drapeau, une seule patrie, un seul État. » Vous imaginez donc bien ce que ça induit.

Les minorités ethniques et religieuses ont vécu bon nombre de massacres de la part de l’État turc.[10] La plupart des personnes d’origine kurde venues en Europe ne l’ont pas fait par plaisir mais iels ont choisi entre la vie (en venant ici) et la mort (pour beaucoup si iels restaient là-bas). En outre, dans les années nonante, beaucoup de personnes disparaissaient, se faisaient massacrer,… Il y avait des charniers où les Kurdes notamment étaient « stockés ». Les répressions, les massacres, les tortures, les viols sont innombrables. Je n’ai pas vécu cela pour ma part mais j’ai des ami·e·s dont les parents ont été humiliés, battus, torturés devant eux·elles. Cependant, j’ai vécu l’interdiction de l’identité, de la langue, de la musique, des prénoms kurdes. Malheureusement, la majorité des Turc·que·s nient encore tout ce qu’ont subi les minorités et notamment les Kurdes. Si le PKK a vu le jour, ce n’était pas de gaieté de cœur, c’était pour défendre un peuple qu’on tentait (et tente toujours) de faire disparaître. Ce qui ne plaît pas à la Turquie et à une majorité de Turc·que·s, c’est que beaucoup de Kurdes n’acceptent pas l’assimilation (qui passe énormément par l’utilisation de la  langue), ne courbent pas l’échine, défendent leur identité kurde.

L’OTAN, l’UE, les USA savent très bien ce que les gouvernements turcs précédents et l’actuel font subir mais, de par la position géostratégique/géopolitique de la Turquie et le fait que cette dernière ait l’une des armées les plus importantes du monde, il est bien plus facile de fermer les yeux sur les actes commis (tels que la violation de la souveraineté de la Syrie, l’envoi de drones tueurs dans les zones kurdes d’Irak et de Syrie, le meurtre de citoyen·ne·s d’origine kurde, l’interdiction infondée de certaines « manifestations », criminalisation du HDP[11],…). Nous pourrions citer pléthore d’actes pour lesquelles la Turquie pourrait être condamnée car différents droits ne sont pas respectés mais malgré leur visibilisation, leur dénonciation, il y a un ignoble laisser-faire. L’Europe maintient le fascisme turc debout.

Manifestation Gezi 2013

[Diego] : En tant que membre de l’OTAN, la Turquie fait peser tout son poids, sans que les considérations éthiques ne la fassent sourciller ni n’émeuvent les autres membres. Les migrant·e·s sont, depuis des années, une source de chantage avec l’Union Européenne qui n’hésite pas à financer Ankara pour que le pays joue un rôle de tampon avec les centaines de milliers d’exilés venus d’Irak, de Syrie ou de l’Afghanistan. Récemment, l’adhésion de la Suède et la Finlande à l’Otan a été l’occasion d’une nouvelle preuve que tous les coups sont permis pour l’État turc pour défendre ses intérêts.

La question du fascisme est toujours compliquée. Certains pourraient penser qu’attribuer le qualificatif au gouvernement turc serait excessif, voire abusif. S’il est vrai que les origines du parti dirigé par Recip Erdogan, l’AKP (Adalet ve Kalkinma Partisi – Parti de la Justice et du développement) n’est pas à proprement parler fasciste et qu’une opposition sérieuse et variée a encore un certain pouvoir (notamment avec les mairies de grandes villes comme Istanbul ou Ankara) son évolution, ses mesures répressives clairement anti-démocratiques et ses alliances sont, sans le moindre doute, d’ordre fasciste. Depuis 2018, l’Alliance Populaire rassemble ainsi l’AKP et le MHP (Milliyetçi Hareket Partisi – Parti d’action nationaliste, extrême-droite dont la branche paramilitaire est connue sous le nom de « loups gris »). L’immense majorité des médias est sous tutelle de l’AKP. Des lois ont été votées pour exempter de toute enquête judiciaire et de tout procès quiconque ayant commis un crime « pour défendre le gouvernement ». En 2016, une tentative d’auto-coup d’État a accentué la répression tous azimuts, jetant en prison des opposant·e·s de tout type (militant·e·s, journalistes, artistes, avocat·e·s, etc.). Les prisonnier.ère·s politiques se comptent par dizaines de milliers.[12] En Turquie, un des slogans des différents secteurs de l’opposition à Erdogan est « Fasizme karsi omuz omuza » (Tous ensemble contre le fascisme), les bannières du parc Gezi affichaient des « Ne te soumets pas au fascisme » et un des cris lors des mobilisations pro-kurdes est « La colère des mères va étouffer les fascistes ». Moi, je ne vois pas comment, en tant qu’antifasciste, on ne peut pas être férocement opposé au gouvernement turc actuel. Ici, au Rojava, sous les bombes turques, point d’hésitations à l’heure d’apposer cet adjectif.

[FAL] : Les élections présidentielles de juin 2023 créent une situation explosive en Turquie. Pourriez-vous nous parler des enjeux de cette élection et du climat qui l’entoure ? Erdogan pourrait-il perdre ? En Belgique ou en Allemagne, où la diaspora turque est nombreuse et dont une fraction majoritaire soutient le régime d’Erdogan, quels sont les leviers d’action ?

[Jîyan] : Je réponds à cette interview après plusieurs séismes qui ont touché le Kurdistan, la Turquie et la Syrie le 6 février passé. Dès lors, cet événement a une énorme influence sur l’impopularité actuelle du président turc. Avant ces événements, beaucoup de citoyen·ne·s turc·que·s ne comptaient plus voter pour lui vu la situation économique et l’inflation dans le pays. Mais les séismes, le chaos que ça a engendré, l’absence des secours, l’abandon des populations à leur propre sort,… ont engendré une colère envers le gouvernement actuel. En outre, le président Erdogan a mis les provinces concernées par le séisme en état d’urgence (alors que l’état catastrophe naturelle existe et aurait pu être mis en place). Cela implique que ces régions ne pourront certainement pas participer aux élections et cela permet à Erdogan de faire ce qu’il veut dans ces régions, notamment de faire taire les voix qui le critiqueraient. Rappelons également qu’un bon nombre d’opposant·e·s ont été assassiné·e·s ou emprisonné·e·s et que beaucoup des forces vives concentrent aujourd’hui tous leurs efforts à l’aide aux victimes des tremblements de terre.

[Diego] : Erdogan a vidé de leur pouvoir bien des institutions, concentrant et centralisant dangereusement le pouvoir. Dans ces conditions, il semble évident que, pour se maintenir au pouvoir, il semble décidé à recourir à la création ou à la réactivation d’ennemis externes, à un discours guerrier et à des manipulations tant juridiques que médiatiques. Il y a de bonnes raisons de penser que l’attentat d’Istanbul, en novembre dernier, soit un coup monté pour détourner l’opinion publique des griefs à son encontre. La condamnation, quelques jours plus tard assortie d’une peine d’inéligibilité, d’Ekrem Imamoglu, l’un de ses principaux rivaux pour la présidentielle de juin, pour « insultes contre fonctionnaires » montre, au cas des doutes subsisteraient, qu’Erdogan est prêt à tout. Ce que je perçois, d’ici, c’est que si bien des personnes souhaitent, évidemment, une défaite d’Erdogan, il n’y a pas beaucoup d’espoir que cela arrive ni que cela change, radicalement, la donne pour le Rojava.

[Diego & Jîyan] Sur les leviers d’actions, il est important de visibiliser les réalités vécues dans le pays, les actes commis par le gouvernement d’Erdogan car il suffit de regarder le journal télévisé turc pour être totalement endoctriné (par la haine et le mensonge), il faut lutter pour déconstruire les idées fascistes intégrées/intériorisées par beaucoup de Turc·que·s sur les autres populations vivant en Turquie et documenter l’influent lobby turc en Belgique qui participe activement à la criminalisation de la communauté kurde de Belgique et demander des réparations : cela passe par identifier les lieux où les idéologies fascistes sont propagées et les dénoncer. Il faut également interpeller les partis qui comptent dans leur rang ce type de propagandiste.[13]

L’État belge permet notamment aux « loups gris » – groupe d’extrême-droite turque active en Europe – d’avoir des associations sur son territoire, là-bas des jeunes apprennent une idéologie fasciste. Pour finir, il faut travailler à ce que les citoyen·ne·s belges qui ne sont pas en accord avec les idées du gouvernement turc ne soient pas systématiquement arrêté·e·s, interdit·e·s de territoire, menacé·e·s, contraint·e·s de payer de grosses amendes, etc.

[FAL] : Disons que je viens de lire l’interview, que je suis curieux·se d’en savoir davantage voire même de m’investir pour la cause kurde et le confédéralisme démocratique. Comment puis-je m’engager dans la lutte, quelles initiatives rejoindre, quels sont les sites à suivre ?

[Diego] : Soutenir les différentes campagnes menées pour dénoncer, par exemple, l’utilisation d’armes chimiques par l’armée turque et l’occupation d’Afrin, Girê Spî et Sêrekaniyê ainsi que pour la libération d’A. Öcalan est essentiel. Même lorsque les mobilisations n’ont pas nécessairement un effet direct sur les décisions prises par celles et ceux qui nous gouvernent cela représente énormément pour les personnes ici. C’est une des choses qui m’a le plus marqué, depuis mon arrivée.  Un exemple concret : nous avons, au mois d’août, avec Riseup for Rojava, tenté de mobiliser des groupes de supporters à travers le monde pour visibiliser la menace d’invasion turque et rendre hommage à un jeune footballeur assassiné par un drone à Qamishlo. Des supporters de l’Union Saint-Gilloise ont répondu à l’appel, déployant une banderole dans le stade, portant le nom de Ahang Akram Sheibi. Quelques jours plus tard, cette action, relayée par un média kurde, a été vue par les membres de sa famille. Ils nous ont écrit, se disant extrêmement touchés et souhaitant prendre contact avec les personnes ayant réalisé cette action en Belgique.

Graff réalisé à Liège pour dénoncer la guerre et l’utilisation d’armes chimiques par la Turquie.

[Jïyan] : Dans les différentes sources, on peut citer : le groupe Serhildan qui est un réseau francophone d’informations sur les luttes au Kurdistan, le centre de Jineoljî à Bruxelles ou encore le Nav-bel, le conseil démocratique belge des communautés du Kurdistan.

[Diego et Jîyan ] : En langue française, je peux aussi conseiller les pages Kurdistan au féminin, Rojinfo, Kedistan. Vous y trouverez de nombreuses infos, mais aussi des outils et des ressources. Le média Rojava Information Center publie des dossiers intéressants dans plusieurs langues, dont parfois le français. Pour terminer, le site de la Commune Internationaliste du Rojava partage des textes plurilingues, en fonction des internationalistes qui la rejoignent.

[FAL] : Pour conclure, on vous propose un commentaire libre. Qu’aimeriez-vous dire ou écrire à notre lectorat, c’est-à-dire des personnes ayant un intérêt pour la lutte antifasciste ?

[Diego] : En guise de mot de la fin, je dirais que contribuer à tisser davantage de liens entre antifascismes locaux indispensables et internationalisme est plus urgent que jamais. J’ai croisé bon nombre de militant·e·s ayant fait le choix de rejoindre la résistance kurde, au point d’y consacrer leur vie. Une bonne part d’entre eux ont fait leurs gammes dans des organisations antifascistes européennes ou étatsuniennes. Malheureusement, iels pointent du doigt les limites et frustrations au sein de ces collectifs. Comme tant d’autres en Europe, ceux-ci tombent, trop souvent, dans le piège des divisions idéologiques stériles, au détriment d’actions consistantes et d’alliances dont on ne peut, pourtant, pas faire l’économie, au vu de la situation actuelle. Le peuple kurde a appris, à ses dépens, que, sans être naïf et sans modifier pour autant leur ligne idéologique, il lui fallait parfois trouver certains alliés de circonstance au risque de périr sous les assauts. À titre d’exemple, ils n’ont aucune confiance en l’armée US mais se les mettre directement à dos, la guerre contre DAESH faisant rage, aurait été un suicide. Je crois que juger à distance, avec un regard de pureté, sans mettre les mains dans le cambouis, est un biais périlleux voire indécent. Au fond, seul le privilège d’un manque d’urgence à s’auto-défendre radicalement peut expliquer bien des prises de position isolationnistes ou sectaires.

[Jîyan] : Si une cause vous parait juste, qu’importe ce que les autres personnes en disent, qu’importe la difficulté, qu’importe que le chemin soit sinueux. Résistez, luttez pour un monde plus juste, plus égalitaire, une vie libre où nous pourrions tous·tes vivre ensemble, en paix et solidaires.  

Jin Jîyan Azadî – Femmes, Vie, Liberté.


[1] Fondé en 1978 en tant que mouvement internationaliste (lors du congrès fondateur, il y avait des Kurdes de plusieurs pays ainsi que des internationalistes du Moyen-Orient), le PKK se transforme rapidement en un véritable phénomène de masse. Les violences des États le contraigne à s’engager dans la lutte armée qui dure encore aujourd’hui.

[2] L’histoire kurde est parsemée de génocides commis par l’empire ottoman, l’empire perse, l’Irak et la Turquie. Pour aller plus loin : https://www.hestiapdh.com/post/les-kurdes-au-c%C5%93ur-des-volont%C3%A9s-g%C3%A9nocidaires

[3] Voir ce fait divers : https://kurdistan-au-feminin.fr/2022/12/26/france-manifestations-kurdes-parisattacks/ et pour aller plus loin : https://www.contretemps.eu/qui-a-peur-des-kurdes/

[4] Le même jour que le début de la révolution espagnole en 1936.

[5] De manière plus ou moins ouverte, l’État turc a soutenu DAESH avec de l’équipement, de l’entraînement, des soins mais aussi par le biais d’une « zone arrière » dans laquelle écouler les marchandises volées. Alors que les YPG (Unités de défense populaires), les YPJ (Unités de défense féminines) et des unités de la guérilla du PKK luttaient férocement contre DAEH, marquant même un tournant majeur dans la guerre, la Turquie a lancé une opération contre le canton et la ville d’Afrin en 2018. À l’époque c’était une ville calme dont la population avait doublé (passant de 250.000 à 500.000 personnes) en ayant accueilli des centaines de milliers de réfugié·e·s syrien·ne·s qui cherchaient à échapper à la guerre. L’invasion d’Afrin par l’armée turque et ses auxiliaires islamistes ont entraîné de nombreux crimes de guerre (pillages, viols, kidnappings, etc.), une catastrophe humanitaire et a ouvert un second front de guerre pour les YPG/YPJ. Pire encore, l’État turc a facilité l’installation des familles de combattant de DAESH dans la ville dans le but d’un « changement de population ».

[6] Un outil clé pour construire une société libre est le développement de la personnalité libre. Dans ce sens, il y a des pensées et comportement à déconstruire (e.g. « le mal dominant ») et d’autres sont à construire (e.g. « xwebûn »). Bien que le processus se joue à l’intérieur de chaque personne, il se réalise en collectivité. On s’entraide avec de la critique constructive à reconnaître ses propres défauts et à les dépasser.

[7] Dont certains sont remplis de la famille des combattant·e·s de DAESH. Le plus grand de ces camps, Al Hor, comprend environ 60.000 personnes. DAESH mène régulièrement des actions depuis ou au sein de celui-ci.

[8] Essentiellement des membres des forces djihadistes de Daesh, d’Al-Nosra et d’autres groupes islamistes ainsi que des mercenaires turcs. Si DAESH a été vaincu militairement en 2019 entraînant la mort de plus de dix milles combattant·e·s des YPG et YPJ, son idéologie est toujours vivantes : de nombreuses cellules existent encore et effectuent régulièrement des attentats.

[9] Toujours aujourd’hui, l’internationalisme est présent puisque de nombreuses unités de défense populaire (YPG) et unités de défense des femmes (YPJ) sont également arabes, assyriens, syriaques, etc.

[10] On pense également aux années de massacre connu sous le nom de génocide arménien.

[11] « Halkların Demokratik Partisi », ou le « Parti démocratique des peuples » en français, est un parti politique écosocialiste en Turquie réunissant turcs et kurdes qui a pris de l’ampleur après le mouvement de protestation et l’occupation de la place Gezi. Créé par la fusion de 20 partis socialistes en 2012, il lutte pour le droit à l’autodétermination du peuple kurde ainsi qu’une solution pacifique et démocratique à la question. Il se préoccupe également d’enjeux tels que la gouvernance locale et décentralisée, l’égalité des sexes, la protection de l’environnement, l’éducation, la sensibilité aux communautés LGBTQI+, etc. Il a fait son entrée au parlement avec plus de 13% des voix qui lui ont permis de faire élire 79 député·e·s, dont 32 femmes. Le HDP avait également gagné de nombreux sièges et postes dans les mairies mais Erdogan a déclaré que ces élections étaient illégales et a fait remplacer les maires du HDP par des personnes issues de son parti (le AKP). En 2018, après les purges menées par le président Recep Tayyip Erdogan, plus de vingt-cinq milles militant·e·s et sympathisant·e·s du HDP sont incarcéré·e·s. Pour aller plus loin : https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=2540

[12] Aujourd’hui c’est plus de 50.000 personnes emprisonnées en Turquie qui sont accusées d’être solidaires à la cause kurde.

[13] Pour aller plus, les témoins nous conseillent cet ouvrage « Les loups aiment la brume ».