Bruxelles, 15 mars 2026
Bonjour à toustes
On nous a demandé de parler des récentes perquisitions qui ont eu lieu à Liège suite aux mobilisations contre le MR.
La répression que nous subissons suite à ces mobilisations est sans commune mesure avec ce que sont les violences policières en Belgique :
Les personnes harcelées quotidiennement, et pour beaucoup trop d’entre elles, tuées par la police (au moins 120 depuis 2010), la plupart du temps parce qu’elles n’ont pas la bonne couleur de peau, pas les bons papiers et parce que la Belgique reste un État raciste et colonial.
Toute cette violence structurelle est sans commune mesure par rapport à une opération d’intimidation policière et judiciaire à destination d’une jeunesse antifasciste qui se lève. Mais celle-ci illustre à quel point l’État est en train d’approfondir sa fuite en avant répressive.
Le 18 septembre dernier, les pontes du MR et leur président d’extrême droite venaient dégueuler leur poison à l’Université de Liège. Des profs, des étudiant·es, des militant·es associatifs, des syndicalistes et des personnes simplement dégoûtées des discours du MR et des politiques de l’Arizona se sont mobilisé·es. C’était une manif à la liégeoise : joyeuse, plurielle, vivante, déterminée. Des jets de pommes pourries, quelques bousculades : rien de très méchant. Mais il n’en fallait pas plus pour lancer la cabale.
Dès le lendemain de cette mobilisation, des jeunes personnes ont été intimidées par des policiers en civil dans la rue, le Peloton Anti-Banditisme est par exemple allé chercher l’un d’entre eux dans une friterie alors qu’il était avec sa mère, puis l’a plaqué au mur. Depuis le début de cette histoire, la justice et la police (ainsi que les autorités communales) se tiennent la main en appliquant un traitement privilégié au MR et veulent envoyer un signal clair à une partie de la jeunesse qui ose bouger. C’est aussi une tentative de diviser l’antifascisme entre les éléments respectables et les éléments soi-disant trop radicaux, à la manière des analyses éclatées au sol de la Sureté de l’État. Sauf que ça ne marche pas comme ça. On voit qu’ils n’ont aucune idée de la nature de nos mouvements et de comment ceux-ci fonctionnent.
L’antifascisme est plus grand que ça, et nous ne les laisserons pas isoler des jeunes pris pour cible de manière aléatoire.
Ce 9 février, il y a plus ou moins un mois donc, 8 personnes ont été réveillées à 5h du mat’ par des policiers qui ont perquisitionné leurs domiciles. Ils ont obligés certains d’entre eux à se déshabiller dans leur chambre, en refusant de se retourner (comme s’ils allaient en profiter pour dissimuler des preuves criminelles…). Ils ont embarqué une partie de leurs affaires, dont leurs téléphones, dans plusieurs cas sans présenter de mandat. Ils ont ensuite été emmenés au commissariat où ils ont été auditionnés pendant plusieurs heures avant de passer devant un juge d’instruction. 7 sont sortis le jour-même avec une obligation de respecter un couvre-feu, de se présenter chaque semaine à un service judiciaire et la promesse d’un procès futur. Le dernier a été emmené à la prison de Lantin pendant deux jours (!). Des parents nous ont contacté en nous disant qu’illes n’avaient pas de nouvelle de leur enfant. Ils sont évidemment tous traumatisés.
Nous sommes face à des moyens répressifs utilisés dans des cas de criminalité ou de grand banditisme, mais ici pour terroriser des étudiant·es.
Tout cela pour une mobilisation sans aucune blessure grave. Des échauffourées arrivent toutes les semaines voire tous les jours, dans et en dehors des manifestations. Il s’agit donc bien d’un traitement particulier, et ce sont quelques jeunes qui en paient le prix. Les partis soi-disant démocratiques liégeois ont tous laissé faire – le conseil communal a voté une plainte au civil et aucune initiative n’a été prise pour s’opposer à cette cavale – on ne l’oubliera pas.
Lorsqu’on laisse des personnes considérées comme plus radicales par les services de police se faire défoncer, c’est tout le monde qui perd, et ça les démocrates en carton ne l’ont pas encore bien compris. On sait que ce sont toujours les personnes au centre des oppressions qui portent les luttes, mais celles qui sont dans des positions plus confortables doivent prendre leur part dans la résistance contre la fascisation en cours et il est plus que temps qu’elles le fassent.
Cette dernière semaine, ce sont des dizaines de convocations qui pleuvent suite à cette mobilisation – pour « association de malfaiteurs » – encore une fois sur des personnes qui ne se connaissaient même pas entre elles pour la plupart. Pour bon nombre d’entre elles on ne leur reproche rien d’autre que d’avoir tenté de bloquer les entrées en faisant barrage avec leurs corps ou d’avoir lancé des pommes qui pour la plupart n’ont touché personne.
Les interrogatoires durent plusieurs heures et sont des interrogatoires politiques. On demande aux gens quelles sont les opinions politiques de leur famille et de leurs ami·es, quel est leur degré de mépris et d’hostilité par rapport au MR sur une échelle de 1 à 10, de citer des partis politiques belges et de les classer sur un axe gauche-droite, quelle est leur position par rapport à Israël et par rapport à la Palestine, s’illes condamnent le Hamas (!), quelle est leur religion, etc. Sans le contexte on pourrait croire à une interview menée par Pascal Praud sur Cnews…
Le but de ce type de répression est clair : marquer le coup, épuiser, par le temps et l’argent, faire peur, isoler et dissuader de se mobiliser par la suite contre le MR ou contre toute forme d’injustice. Dissuader de s’impliquer dans les luttes et dans les collectifs.
Sauf que ça n’arrivera pas. Le lendemain de ces perquisitions nous avons lancé un appel large à soutiens qui a été signé par plus de 1.500 personnes et par plus de 200 organisations en moins d’une semaine. Le nombre de participant·es aux assemblées du Front Antifasciste de Liège est passé de quelques dizaines à plusieurs centaines.
Ils ne nous font pas peur, c’est eux qui ont peur de nous.
#merciantifa
#stopmr
#pasdepaixsansjustice
Des participant·es du FAL
