Retour sur la délégation du FAL lors du rassemblement de Noël devant le centre fermé de Vottem.

Ce 24 décembre 2023, un.e participant.e du FAL2.0 a pris part à la délégation parlementaire et associative, à l’initiative du CRACPE, chargée d’interpeller la direction du centre fermé de Vottem sur les conditions de détention des personnes sans-papiers. La délégation était représentée par Nadia Moscufo (PTB), Sarah Schlitz (Ecolo), le CRACPE, Nimis GroupeArsenic2, La Cible et le Front Antifasciste Liège 2.0. L’entretien avec la direction a duré 45 minutes.

Crédit : M. du Cracpe.

Bien que nous sommes favorables à l’abolition dans les plus brefs délais des centres fermés, cette interpellation sur les conditions de vie actuelles des détenus s’orientait sur 4 grands axes :

  • La grève du personnel ;
  • La mise à l’isolement ;
  • L’accès aux soins de santé ;
  • L’accès à internet

En ce qui concerne l’accès aux soins de santé, le centre fonctionne avec un seul médecin et quelques infirmier.es. Le médecin, bien que n’étant que généraliste, fait également office de psychiatre. N’oublions pas que dans la population détenue beaucoup ont vécu des épisodes traumatisants et le séjour en centre fermé peut rouvrir ces traumatismes. Alors que les personnes sans papiers sont déjà le plus souvent marquées par leurs exils et ses difficultés, les centres fermés produisent de nombreuses violences qui impactent durablement la santé tant physique que psychique des détenus. D’autres personnes souffrent de problèmes d’assuétudes et ne bénéficient d’aucuns suivis. Le « traitement » le plus utilisé pour ces personnes est alors la mise à l’isolement. Ces raisons expliquent la surmortalité, en particulier par le suicide, présente dans ces prisons. A cela s’ajoute que les conditions d’hygiène du centre fermé de Vottem sont déplorables. Le centre est dans l’impossibilité de fournir des kits hygiène aux détenus et beaucoup de sanitaires sont dysfonctionnels. Cela n’inquiète pas plus le staff médical ou la direction.

Le dernier point de cette interpellation était l’accès à internet. Bien que les GSM soient autorisés dans le centre, les smartphones y sont interdits car possédant une caméra (!) (Aucune image ne doit sortir afin de ne pas illustrer les conditions indignes dans lesquelles vivent les détenus). Actuellement, l’accès à internet est limité dans le temps et se fait via des ordinateurs avec une surveillance des agents. Un test est mené dans l’aile rouge avec des tablettes pour changer ce système et voir si cela permettrait d’enlever une certaine charge de travail aux matons via un système de « location » des tablettes en échange de la carte de détention. La carte de détention étant la carte d’identification du détenu au sein du centre fermé. Remarquons que ce système permet de toujours garder un contrôle sur les communications et la vie privée des personnes.

Nous noterons aussi la condescendance de la direction lors de l’interpellation et que s’il y a des problèmes, ce ne serait pas la faute de l’administration mais bien des détenus qui détérioreraient ou gaspilleraient le matériel mis à disposition. Or, les « dysfonctionnements » observés sont les mêmes que pour les établissements pénitentiaires classiques et nous retrouvons les mêmes problématiques que chez les détenus dits « à la cantine sociale » où ne pas avoir d’argent signifie ne pas pouvoir subvenir à ses besoins primordiaux malgré que la loi oblige l’établissement à les fournir.

Le Front Antifasciste Liège 2.0, tout comme le CRACPE, veulent la fermeture de ces centres ainsi que la régularisation de tous.tes les personnes sans papiers. Nous voulons aussi que des moyens dignes soient mis en œuvre afin de faciliter l’accueil et l’inclusion des personnes demandeuses d’asile.

Si vous souhaitez soutenir le CRACPE, vous pouvez le faire soit en participant tous les samedis au rassemblement de soutien aux personnes détenues devant le centre fermé de Vottem, soit en les aidant à fournir des cartes téléphoniques aux personnes incarcérées en faisant un don sur le compte du CRACPE IBAN BE89 0003 2598 6785. Le CRACPE recherche également des visiteur.euses bénévoles afin de soutenir les personnes durant leur détention.

Nous invitons toutes les personnes révoltées par l’existence de ce centre fermé à participer à la manifestation annuelle du CRACPE qui aura lieu le 14 avril 2024 ainsi qu’au rassemblement annuel de Noël qui se déroule chaque 24 décembre.

Crédit photo : M. du Cracpe.

Pour le contexte :
La Belgique compte actuellement 6 centres fermés pour une capacité d’enfermement de 635 places. Depuis 2020, la Vivaldi (dont le PS et Écolo font partie) a lancé la construction de 4 nouveaux centres fermés, dont un « centre de départ », pour une capacité d’enfermement de 510 places supplémentaires. Rappelons que l’enfermement se fait sur une base administrative, sans qu’aucun délit ne soit commis, dans un objectif d’expulsion forcée hors de Belgique (et pas nécessairement dans le pays d’origine).