Loi immigration, l’extrême droitisation continue en France.

« Un texte dont vous souhaitez débattre depuis plus de 40 ans, nous vous l’offrons sur un plateau d’argent avec près de 280 amendements du RN. »
(Nadia Hai, députée macroniste, à un élu d’extrême droite)

Hier, l’Assemblée nationale française a révisé la loi sur l’immigration, rejetée une première fois, en lui donnant une dimension encore plus raciste et inégalitaire. Il ne s’agit pas simplement d’un durcissement de politiques mais bien d’une loi qui rompt avec les principes démocratiques. Il s’agit de la loi la plus discriminatoire depuis le régime de Vichy votée dans une alliance unanime entre les Républicains et le Rassemblement National ainsi que par plus ou moins 4/5ème des parlementaires macronistes.1

Cette loi, également décriée au sein de la majorité, rassemble tous les principaux marqueurs de l’extrême droite : validation du principe de préférence nationale, restriction des prestations sociales, durcissement du droit du sol et du droit d’asile, fin de l’égalité devant la loi pour les résident•es étrangers, fin de l’aide médicale d’État (ce qui a entraîné la démission du Ministre de la Santé),  élargissement des politiques d’incarcération et des expulsions, etc. Le gouvernement lui-même reconnaît que certaines mesures de cette loi vont à l’encontre de la Constitution. Remarquons également qu’elle intervient dans un contexte post-mobilisations contre la réforme des retraites et détourne (encore une fois) l’attention des préoccupations prioritaires exprimées par les français·es : santé, inflation, éducation, salaires, précarité, retraites, logement.2

Cette loi est en rupture avec tout ce qui s’est fait précédemment :

Elle reprend pas moins de 7 points du programme du RN et on ne sait pas encore combien de temps les dernières digues institutionnelles démocratiques, par nature déjà insuffisantes, de plus en plus fragilisées, vont pouvoir tenir. Et s’il est certain que plusieurs aspects de la loi vont être contestés, et même retoqués, devant le Conseil Constitutionnel et que certaines autorités politiques régionales et locales annoncent déjà qu’elles ne respecteront pas cette nouvelle loi fascisante, ses implications vont bien au delà d’un nouvel épisode de communication raciste en France.

1.    Cette loi acte de manière claire l’alliance objective des forces gouvernementales, des droites françaises et de l’extrême droite dans une union programmatique et politique. Cette union, il faut le dire, était déjà bien présente dans diverses déclarations politiques et médiatiques, mais la fascisation de l’État français passe un nouveau cap (après la loi séparatisme, la loi sécurité globale ainsi que les pratiques de dissolution et de criminalisation des mouvements sociaux).

2.    Dans un moment d’extrême droitisation soutenue par des outils médiatiques puissants, cette loi issue du gouvernement de Macron accélère la consolidation et la banalisation des forces du Rassemblement National et celles qui gravitent autour,  augmentant le risque de son accès de pouvoir. Rappelons que Macron a construit sa victoire électorale sur  une promesse, tant aux électeurices qu’à différents partis de sa majorité, de mener une politique différente de l’extrême droite. « À celles et ceux qui ont voté pour moi, non pour soutenir mes idées mais pour faire barrage à l’extrême droite, votre vote m’oblige. Ce soir, je ne suis plus le candidat d’un camp, mais le Président de toutes et tous. » (Macron, 24 avril 2022) Certains, dans le propre camp de Macron, se montrent remontés contre cette loi et l’acrobatie ayant permis un second vote rapide d’une loi pourtant rejetée, passant outre la procédure classique. Pourtant, son adoption, malgré le durcissement très droitier du texte initial, nous laisse inquiets : un potentiel gouvernement du Rassemblement National pourrait-il bénéficier d’un soutien d’une large fraction des forces politiques bourgeoises, en particulier LR et LREM ? Hier la réponse était non. Aujourd’hui, force est de constater que cela est possible.3

3.    Outre la loi en elle-même, et ses conséquences, ne doutons pas que cette union au sommet va encore plus encourager et dynamiser les groupes néo-fascistes qui multiplient déjà les violences dans la rue contre les groupes et les personnes considérées étrangères, de minorités ou de gauche. Et ce avec la bénédiction tacite, et parfois active, des institutions politiques et médiatiques françaises. 
Elle va encourager les institutions policière et militaire françaises, largement gangrénées par l’extrême droite, à multiplier les violences et coups de force institutionnels. 
Elle va encourager les commentateurs médiatiques et politiciens à intensifier les appels à la haine et à la polarisation continues. 

Ces éléments nécessitent d’actualiser l’engagement et la lutte antifascistes en s’appuyant sur les cibles de l’extrême droite (les gauches, les travailleurs•euses et leurs organisations, les intellectuel•les, les acteur•ices de la culture, les diasporas, les minorités religieuses, sexuelles ou de genre, etc.) dans le but de s’unir dans l’action malgré les divergences et les contradictions. Sur le plan local, il est également nécessaire de multiplier les ponts entre la Belgique et la France, du fait que le fascisme, s’il prend des colorations nationales, a une visée internationale et que des forces en Belgique se frottent également les mains des événements français.4 La recrudescence des forces d’extrême droite au niveau mondial n’est pas un simple aléa de l’histoire mais bien le signe d’un front qui s’unit entre des forces réactionnaires, nationalistes et bourgeoises autoritaires, bref fascisantes.5

Comme hier, notre force se traduit dans la rue, avec la jeunesse et de manière déterminée. Alors au travail !

Pour aller plus loin, on vous conseille cette vidéo « Les coulisses de la loi immigration, avec Andrée Taurinya« .

Crédit image : Allan Barte

  1. Le texte a été voté à l’Assemblée mardi soir par 349 voix pour et 186 contre sur 573 député.es. LR et RN ont voté pour. Un quart des députés de la majorité, 59 élu.es, se sont abstenus ou ont voté contre. ↩︎
  2. Sondage Ifop du 1er décembre ↩︎
  3. Cela n’a rien d’anodin. L’histoire montre que l’extrême droite n’arrive pas au pouvoir seule, elle y accède grâce aux autres forces bourgeoises. Cette loi et sa teneur semblent montrer qu’une telle alliance est possible. ↩︎
  4. Elle risque bien d’encourager Georges Louis Bouchez à continuer à surfer sur les thématiques d’extrême droite. ↩︎
  5. Les dernières décisions au niveau de l’Union Européenne viennent confirmer ce point de vue. Elle appelle par exemple à ce que les familles avec enfants soient concernées au même titre que les autres «migrants» par l’enfermement en centre fermé… ↩︎